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Eric GRANGE : Comment définissez- vous le Tantra ?

Margot ANAND : Une des définitions du tantra peut être "L’art de choisir avec conscience ce qui donne de la joie, afin d'ouvrir les portes de l'esprit".Une autre serait "L’art d'unifier les aspects contradictoires de sa personnalité dans une expansion de conscience".

C'est à dire unifier des différents pôles à l'intérieur de soi à savoir le coeur, la tête et le sexe: Dans les relations amoureuses, ces dimensions jouent parfois des thèmes différents. Parfois, ces dimensions intérieures sont en conflit, il en résulte une disharmonie et une sensation de mal-être. Le travail que je propose sur les chakras harmonise l’énergie et la conscience pour créer l’unification. Dans la cosmogonie tantrique, on parle du mariage des deux aspects du divin : Shakti, la déesse de la force féminine, mouvement de l'énergie pure (permettant l'orgasme prolongé, cultivé dans le Tantra) et Shiva, le dieu de la conscience pure (perçue dans la vacuité de la méditation). et Shiva (la conscience pure, le masculin) qui sont à l'origine de la création de l'univers.

EG : Comment abordez vous le Tantra ?

MA : J’ai compris que le Tantra est une clé vers l'éveil. C’est une discipline spirituelle, comme le yoga ou le zen, mais incluant la sexualité. La méditation sexuelle est une des plus délicates, car elle induit la mise à nu de toutes nos blessures, expériences de notre passé amoureux qui ont provoqué notre peur de lâcher prise en amour. En abordant la sexualité au travers d'une attitude méditative, ces peurs peuvent être accueillies et transformées, c'est toute la magie de cette voie qu'est le tantra.

EG : Quelle différence entre le yoga et le tantra ?

MA : Le yoga est une science qui nous aide à unir le corps et l’esprit dans la quête du divin. Le Yoga demande effort et discipline, alors que le Tantra nous invite à lacher prise dans notre essence divine.

EG : Le Tantra aborde t'il plus que la sexualité ?

MA : Il est important ici de faire la distinction entre le terme général du "tantra", qui englobe des approches et traditions extrêmement différentes, et ma voie, qui est celle du "Tantra de la voie céleste", qui est une méthode complète : Voici mon point de vue : Le premier niveau, c’est pour guérir notre sexualité. Le deuxième niveau pour libérer l’énergie orgasmique dans tout le corps. Le troisième pour libérer énergie qui circule entre les chakras ; du chakra racine -au niveau du périnée- au chakra coronal, au sommet de la tête. L’énergie shakti peut se mouvoir pour se joindre à l'énergie shiva. Le quatrième niveau c’est de transformer le désir/plaisir en béatitude, extase.

EG : En quoi la sexualité est-elle reliée au spirituel ?

MA : L’orgasme nous porte dans une expérience proche du divin. Pendant l’orgasme, les côtés droit et gauche du cerveau se relient, unifiant ainsi nos aspects créatifs et émotionnels, avec notre aspect logique. Quand l’intuition et l’intellect fusionnent, l’ego et le temps s’effacent, et l’énergie et la conscience deviennent un. Il est dit par certains maîtres indiens que es maîtres védiques, il y a 5 000 ans, ont découvert la méditation et l'éveil en explorant l'art de prolonger les états orgasmiques.

EG : Quelle différence entre la sexualité "habituelle" et la sexualité tantrique ?

MA : La majorité des gens pensent que le sexe est une simple impulsion naturelle, et il n’y a pas besoin de la modifier. Mais en réalité nous portons au coeur de cet acte une somme incroyable de mémoires : familiales, culturelles, sociales, religieuses qui étouffent et limitent notre sexualité ! Nous n'en finissons jamais de découvrir à quel point notre inconscient sexuel peut être "chargé".

Le conditionnement d’une vie suffit à bloquer notre capacité naturelle de répondre de manière fluide à cette énergie sexuelle. La sexualité "habituelle" est limitée. La sexualité tantrique nous permet de vivre le moment présent et de répondre librement à chaque mouvement intérieur, dans une sagesse globale, et de ressentir l’énergie sexuelle monter dans le corps. Nous pouvons simplement être présents dans l’acte sexuel comme dans une méditation zazen. La sexualité tantrique est aussi un regard différent sur notre partenaire, qui incarne l’essence divine. Rien que cela peut créer des miracles.

EG : Quel est le rôle du lâcher-prise dans la sexualité tantrique ?

MA : S'abandonner à l’ultime vérité: Se fondre en ce qui est le plus élevé, le plus sacré, en nous-mêmes et en l'autre. C'est sentir la prière nous emmener vers ce qu'il y a de plus joyeux, mais aussi de plus érotique!

EG : Quel est votre source d’inspiration ?

MA : Ma Yoni (ndlr : le sexe féminin) ! La plus grande source de mon inspiration. Je viens de passer sept mois de jeûne sexuel, sans faire l’amour. Je voulais intensifier mon exploration de la méditation zen et la conscience au-delà de toutes considérations sexuelles. J’étais aussi en retraite de silence pendant quelques semaines. Je viens de finir le jeûne et je retrouve ma Yoni aussi réceptive et contente que jamais, alors que j'avais peur qu’elle ne s’étiole. Il existe une grande connivence entre ma yoni et mon cerveau. Quand ma yoni a des orgasmes, je me sens dans ma force créatrice pour écrire, donner des séminaires et pour être joyeuse dans ma féminité.

EG: Que répondez-vous à ceux qui assimilent le Tantra au libertinage ?

MA : Le Tantra invite à la liberté, pas au libertinage. Je ne prône pas les partenaires multiples: je viens de donner un enseignement sur l'éthique dans la sexualité, où je conseille l'engagement dans le couple, lieu de croissance par excellence. La pratique tantrique est un puissant révélateur de nous-mêmes, au plus profond de notre nature intime. Dans un couple, peuvent alors exploser des conflits ou des antagonismes, ce qui serait arrivé tôt ou tard Dans un autre couple, ce sera plus de compréhension, d'harmonie, et l'émergence d'une union délicieuse.

EG : Pourquoi les gouvernements sont-ils défavorables à la tradition tantrique ?

MA : Traditionnellement, la religion a toujours voulu contrôler la sexualité humaine, parce qu’un être extatique est un être libre. Aujourd'hui, le système gouverné par les politiciens essaie de museler l’énergie de ses citoyens. C’est ce que j’appelle la conspiration Anti-Extatique. Le système ne veut pas de notre liberté extatique naturelle: Une personne éveillée est considérée comme dangereuse, car contenant un potentiel de déstabilisation de ce système.

EG : Quelle culture a, selon vous, l’attitude la plus saine envers l'amour?

MA : Le Bhutan et l'île de Bali. Là bas, les personnes font partie de communautés où tout est prière et célébration: se lever le matin, manger, bénir le magasin avant de l'ouvrir ou l'outil de travail avant de l'utiliser est quotidien. Ces populations célèbrent des rituels pour chaque circonstance de la vie humaine, en lien avec les astres.

EG : Comment pratiquez-vous l’extase au quotidien ?

MA : Je suis mon intuition profonde, qui me guide vers les expériences que j’ai besoin sur le moment. Maintenant, je fais beaucoup de méditation zen. J’amène cette attitude en amour et dans mes relations. J’aime le silence, quand je peux puiser la source de mon être et toucher à l’essentiel. Quand le coeur est ouvert, on crée la magie. Surtout, je respecte la liberté de chacun. La relation s’exprime dans la vérité spontanée de chaque moment passé ensemble. C’est notre méditation. Je trouve cette pratique riche en défis et à fort potentiel pour l’éveil spirituel. Il faut croire que la vérité se manifeste comme elle doit et que tout à un sens.

EG : Mise à l’épreuve des actualités, quel est l’état de l'évolution spirituelle ?

MA : Il y a un appel en chacun pour changer le monde activement. Et il règne aussi un sentiment de dénonciation et de désespoir par rapport à l’avidité des puissances mondiales et du système de mondialisation.

La liberté est tout d’abord une quête personnelle. Quand plus de gens se réveilleront à cette réalité, la masse critique sera impliquée, et tout basculera. J'ai profondément confiance en l'avènement de ce retournement de conscience collective.

EG : Le paradis existe t'il sur terre ?

MA : Oui, en chacun de nous.